Accueil Chronique du jour - Analyses “Avec cinq candidats, on aura un débat sain…”

“Avec cinq candidats, on aura un débat sain…”

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Ibou Sané, professeur de sociologie politique à l’Université Gaston Berger, salue la limitation à cinq du nombre de candidats à la présidentielle du 24 février 2019. Il permet, selon lui, d’avoir “un débat sain”. Mais, souligne-t-il, elle brouille les pistes dans la course aux alliances.

Le Conseil constitutionnel a retenu cinq candidats pour la présidentielle du 24 février 2019. êtes-vous surpris ?
Le Conseil constitutionnel a statué dans une première étape sur le parrainage, certains ont été recalés, d’autres ont été admis d’office et il y a eu d’autres encore à qui on a demandé de compléter les doublons. Dans la deuxième étape, maintenant, le Conseil a sorti une liste provisoire et, en général, quand il sort une liste provisoire, c’est cette même liste qui est reconduite. S’il sortait d’autres éléments nouveaux, cela voudrait dire qu’il s’est dédit. Il ne fallait pas s’attendre à des bouleversements. Les Sénégalais aiment parler, ils aiment critiquer mais il ne faut pas aussi oublier que le Conseil constitutionnel, c’est des juges qui ont des compétences statutaires, d’éminents juristes dont d’anciens doyens de faculté. Toutefois, comme le droit est une science interprétative, cela veut dire que l’on peut épiloguer pendant des jours mais il appartient aux seuls juges de trancher. Et une fois que c’est fait, nous tombons sous le coup de l’autorité de la chose jugée. Le citoyen lambda peut critiquer, dénoncer, mais il faut savoir ce que l’on veut dans la vie.

Voulez-vous donc dire que les recours des opposants recalés étaient sans objet ?
L’opposition aurait pu aller à la table de négociations à laquelle ils ont été appelés. C’est là-bas qu’il fallait régler tous les problèmes. Ils ont préféré la politique de la chaise vide, et voilà le résultat.

“Si Wade avait instauré une démocratie interne au Pds, surtout avec Idrissa Seck, son parti allait rester très longtemps au pouvoir. Il a monté le parti et il l’a cassé au profit de Macky Sall.”

On a cinq candidats dont trois qui sont à leur première participation à une présidentielle. Comment analysez-vous cela ?
Ce n’est pas inédit le fait qu’on ait que cinq candidats. Cela va permettre un débat sain qui porte sur des projets de société. Il faut qu’on sache ce que les candidats nous offrent au profit de la nation et ne pas se limiter à tenir des meetings ou à organiser des tournées. Il faut qu’ils se concentrent sur leurs programmes économiques. Et là, on saura qui est qui et qui fait quoi. Les médias ont tout intérêt à tenir des débats sur les programmes des uns et des autres.

Il faut noter qu’il y a trois candidats qui viennent du courant libéral à savoir Macky Sall, Idrissa Seck et Madické Niang. Cela montre que c’est encore le plan libéral qui prospère depuis 2000. Maintenant les deux autres novices, qui viennent d’arriver, n’ont pas d’expérience. Même s’ils connaissent l’administration, ils ne connaissent pas l’Etat en profondeur, contrairement aux autres qui, depuis 2000, ont pratiqué l’Etat. On peut dire qu’ils ont plus d’avance que les autres sur le plan pratique. Reste à savoir maintenant ce que les Sonko et Issa Sall, qui n’ont jamais goûté aux délices du pouvoir, vont nous proposer comme alternative. On peut considérer ces derniers comme des candidats du futur, donc, il faut qu’ils nous donnent des solutions de sortie de crise. On verra bien comment ils vont pouvoir changer le système, ce sera en tout cas très compliqué pour eux.

Le plus vieux parti parmi ceux qui sont en lice, est le Pur, qui est né. Assistons-nous à la mort des vieux partis ?
Nous assistons à une recomposition progressive du champ politique sénégalais. Le Ps et le Pds mettront du temps pour revenir au pouvoir. Les Sénégalais les ont déclassés depuis très longtemps parce que, eux, ils ont gouverné mais ils n’ont pas atteint les résultats escomptés. Alors que, les partis de gauche, qui sont des faiseurs de roi, n’ont jamais dirigé un appareil étatique sauf des postes nominatifs- on les comprend parce qu’ils sont dans la révolution. Le résultat, c’est que personne ne les veut au pouvoir. Ils ont une capacité de nuisance extraordinaire. C’est pourquoi d’ailleurs Macky Sall préfère les avoir à ses côtés pour les neutraliser afin qu’ils ne puissent pas activer leur mouvement syndical. C’est cette situation qui fait qu’ils s’effritent, il y a la “Ld débout”, “Ld couchée”, il y en a d’autres qui sont complètement morts. Le Parti socialiste est divisé en trois courants : Les pro-Khalifa, pro-Tanor et le courant d’Aissata Tall Sall.

Même à droite, ça craquelle ?
Le Pds, pour sa part, est aussi divisé en plusieurs morceaux. Il ne reste plus qu’un petit noyau. Mais comment faire pour maintenir ce noyau-là, si l’on sait qu’il y en qui font de la politique une profession ? Le Pds étant incapable d’offrir quelque chose, beaucoup préfèrent aller ailleurs. Si Wade avait instauré une démocratie interne au sein de sa formation politique, surtout avec Idrissa Seck, son parti allait durer et rester très longtemps au pouvoir. C’est Abdoulaye Wade qui a monté le parti et c’est lui qui a cassé ce même parti au profit de Macky Sall qui a réussi à renforcer son camp.

“Je ne vois pas le Pds aller chez Sonko, parce que c’est deux types de partis différents. Le jeu est obscur, sinon l’opposition allait former des pôles depuis très longtemps.”

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Quels rôles devraient jouer les candidats recalés lors de la présidentielle ?
Ils ont tous dit au départ qu’ils n’allaient pas soutenir le parti au pouvoir. Mais si vous y allez tout seul alors qu’il y a rien derrière, vous n’allez rien apporter. Parce qu’en politique, ce qui est important, c’est la base. Mais est-ce que ces recalés ont une base solide ? Il faut que les candidats de l’opposition aient une lecture très fine de la position des uns et des autres. Y en a parmi eux qui n’ont rien, ils ne font que du bruit. Il y a beaucoup de faiseurs de bruit au Sénégal. Ils prennent les élections comme un business pour avoir quelque chose, c’est du donnant-donnant. Ce qui est extrêmement dangereux pour la démocratie.

À quelles types d’alliances pourrait-on s’attendre ?
Je crains que ça ne soit des alliances de circonstance d’autant plus qu’ils ont un seul objectif et c’est de faire tomber le parti au pouvoir. Mais, est-ce que dans ce jeu-là, on aura des alliances très claires et pures où l’allié n’attendra rien de la personne qui vient incarner le pouvoir ? Ces gars sont de très grands joueurs qui ne font jamais rien sans rien.

Il faut cependant signaler qu’il y a d’autres qui vont s’abstenir parce qu’ils ne savent pas où aller. Je ne vois pas des libéraux aller chez Sonko, parce que c’est deux types de partis différents. Le jeu est obscur, sinon l’opposition allait former des pôles depuis très longtemps. Mais, ils veulent aller en cavalier seul. Maintenant, nous verrons comment ils vont s’organiser dans les jours à venir. Qui va choisir qui, à quel intérêt et au nom de quelle idéologie ?

Auteur: Salla GUEYE – Seneweb.com

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