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Cérémonie pour la restitution du sabre d’El Hadji Oumar : Discours de Macky Sall

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Monsieur le Premier Ministre Edouard Philippe, Monsieur et Mesdames les Présidents des institutions de la République du Sénégal, Mesdames, Messieurs les Ministres d’Etat, Secrétaire général de la Présidence de la République, Mesdames, Messieurs les Ministres, Mesdames, Messieurs les députés, Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs, Monsieur le Recteur de l’Université Cheikh Anta Diop, Professeur Felwine Sarr, co auteur du Rapport Savoy-Sarr sur la restitution du patrimoine africain, Ministres d’Etat, Secrétaire général , Coordonnateur du Comité de pilotage pour l’écriture de l’Histoire générale du Sénégal, Honorables guides religieux et chefs coutumiers, Chers invités, Ce jour est historique. Voici que des descendants d’anciens belligérants se retrouvent et sympathisent, comme pour signer la paix des braves, avec cette cérémonie marquant la signature de la Convention de dépôt du sabre d’El Hadj Oumar Tall, prélude à sa restitution définitive, après l’adoption de la loi y relative. Monsieur le Premier Ministre, vous avez devant vous les représentants de la grande famille d’El Hadj Oumar Tall. Ils sont venus du Sénégal, de la Guinée, du Mali et du Nigeria, accompagnés d’autres dignitaires religieux, musulmans et chrétiens, ainsi que de chefs coutumiers. Nous ne pourrions trouver meilleurs témoins pour l’acte que nous posons aujourd’hui, dans un esprit d’amitié et d’entente cordiale. Depuis plusieurs décennies, la restitution du patrimoine africain fait l’objet d’intenses et légitimes réclamations ; suscitant ressentiments et débats passionnés. Sénégalais et français, nous voulons inscrire cette restitution dans une autre dynamique ; dans un esprit convivial, c’est à dire de façon sereine, posée et apaisée. C’est le sens même de cette cérémonie. Je tiens à rendre un hommage mérité au Président Emmanuel Macron. Il fallait du courage pour s’élever au-dessus du tumulte et entreprendre l’exercice délicat de rapatriement du patrimoine africain. Le Président Macron a eu ce courage ; et joignant l’acte à la parole, il a commis à cette fin une mission conduite par les Professeurs Bénédicte Savoy et Felwine Sarr. Je renouvelle toutes mes félicitations aux Professeurs Savoy et Sarr, pour la qualité exemplaire de leur travail. Il est heureux que le sabre d’El Hadj Oumar Tall, conservé au Musée de l’Armée française sous le numéro d’inventaire 6995, balise de son éclat cette nouvelle séquence des relations franco sénégalaises. Oui, la symbolique est forte de sa charge émotionnelle, parce qu’un sabre est plus qu’une arme. A travers les âges, et encore de nos jours, le sabre est symbole de fierté et d’élégance, d’apparat et de noblesse. De grands hommes en ont fait leur compagnon inséparable. Et les grands hommes, comme leur sabre, ne meurent jamais. Ils défient le temps à travers leurs œuvres. Ainsi en est-il d’El Hadj Oumar Tall, l’aigle de Halwaar. Né à Halwaar dans le royaume du Fouta Toro au nord du Sénégal, d’une lignée d’érudits, en 1796 ou 1797 selon les sources, Oumar Saïdou Tall se distingua, dès sa tendre enfance, par son goût prononcé des études, qui lui confère un statut d’adulte précoce, rétif aux mondanités, tout dévoué à la quête du savoir et de l’élévation spirituelle. Armé d’une foi inébranlable et d’un courage physique hors du commun, il sillonnera le Sénégal et d’autres contrées africaines, que sont aujourd’hui la Guinée, le Burkina Faso, la Libye, le Mali, le Niger, le Nigéria, et fit un pèlerinage à la Mecque, voyage qui dura 20 ans. A l’époque, faut-il le rappeler, les voyages se faisaient à pied ou à dos d’animaux. Porté sur la recherche et la spéculation intellectuelle, Oumar mit à profit son séjour en Orient pour fréquenter assidument des cercles d’érudits, Oulémas en arabe, à la Mecque, à Médine, à Jérusalem et à la prestigieuse université égyptienne d’Al Azar. Il excellait dans plusieurs disciplines : la théologie, la mystique, la grammaire, le droit musulman, la jurisprudence et la poésie, entre autres. Ascète, propagateur d’un islam soufi et confrérique, notamment la Tidjaniya qu’il implanta en Afrique de l’ouest, il était aussi un écrivain raffiné et prolixe. Parmi ses nombreux ouvrages, figurent Al Rimah (Les lances), Bayaan Maa Waqaa (Voilà ce qui est arrivé) et Safinatou Saadati (La pirogue de la félicité) ; trois textes fondateurs de sa pensée philosophique et doctrinale. Leader spirituel charismatique, résistant tenace à la colonisation, El Hadj Oumar souleva des foules et fonda un empire dont la grandeur ne lui avait pourtant jamais fait oublier ses origines. Par-dessus tout, il tenait à l’épithète al Foutiyou, qu’il avait apposé à son prénom, pour rester Oumar al Foutiyou, rappelant ainsi son appartenance à son Fouta natal. Pour saisir l’itinéraire à facettes multiples de l’homme d’Etat et guide religieux, il faut lire le Qacida, ouvrage en prose peule de son compagnon Mouhamadou Thiam, traduit en français par Henri Gaden, et l’œuvre impressionnante de son arrière-petit-fils, feu Thierno Mountaga Tall, intitulée El Hadj Oumar Tall, l’aigle de Halwaar. Malgré l’adversité farouche, ses antagonistes lui reconnaissaient aussi des qualités indéniables, comme ce témoignage de Frédéric Carrère et Paul Holle : je cite : « c’est un homme d’une figure remarquable, sur laquelle se peignent une intelligence vive, un sentiment de méditation et de calcul, reflet de sa profonde ambition ». Fin de citation. Yves Saint-Martin, auteur de L’empire toucouleur et la France : Un demi-siècle de relations diplomatiques, décrit El Hadj Oumar comme « un homme mûr et grave, instruit par ses lectures, ses conversations et ses nombreux voyages. Si la science de Dieu était sa principale préoccupation, dit-il, on peut penser qu’il avait aussi gardé les yeux ouverts sur le monde profane ». Tel était El Hadj Oumar Tall, dans sa vie spirituelle et temporelle. Sa gloire résonne encore au rythme du Taara. Cet hymne populaire à la bravoure qui lui est dédié, a été repris au répertoire de la musique principale des Forces Armées sénégalaises. Mais ce n’est pas tout. Par une curieuse énigme dont seule l’histoire a le secret, la France et la famille Tall entretiennent un autre lien, par l’histoire d’Abdoulaye Tall, petit fils d’El Hadj Oumar. Alors qu’il commandait les opérations à Ségou au Mali, le colonel Louis Archinard, intrigué par les velléités de résistance du jeune Abdoulaye, l’expédia en France où il fréquenta le Lycée Janson de Sailli de Paris. Brillant élève, il entre plus tard à la prestigieuse Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr. Il décéda à l’âge de 20 ans, en 1899. Ses restes furent rapatriés sous escorte militaire française en 1995, après des honneurs militaires rendus aux Invalides, à l’Etat major général des Forces armées sénégalaises et au Mali où il repose à Ségou. En restituant le sabre d’El Hadj Oumar Tall, mystique, intellectuel hors pair, saint-homme et résistant, la France célèbre, en même temps que sa propre grandeur, l’honneur et la dignité d’un combattant, dont le refus de la soumission symbolise finalement notre attachement commun à une valeur partagée : la liberté. Ainsi, fidèle à cette valeur de liberté, fidèle au siècle des Lumières et à l’esprit de 1789, la France ouvre la voie à tous ceux qui détiennent le patrimoine africain. Ainsi, nos deux pays écrivent ensemble l’histoire au présent, en inaugurant de nouvelles modalités relationnelles, où la captation patrimoniale et le butin de guerre, pratiques d’une autre époque, cèdent la place à la noblesse d’un paradigme d’échanges fondé sur le respect mutuel et la conscience d’un destin solidaire. Car si la capture d’un patrimoine oblitère et efface la mémoire d’un peuple, pour nous, sa restitution ne signifie ni une contemplation béate du passé, ni un repli étriqué sur soi. Nous sommes prêts à accueillir notre patrimoine. Et nous sommes prêts au partage et à l’échange fraternels. Le Sénégal est pour le dialogue qui réduit la distance et favorise la compréhension mutuelle. Nous sommes, comme le préconisait le Président Léopold Sedar Senghor, pour le « rendez-vous du donner et du recevoir » prélude à la « civilisation de l’Universel, symbiose de toutes les cultures et de toutes les civilisations ». C’est dire que pour nous, le patrimoine rapatrié à sa source, reliant ainsi les peuples à leur histoire, fera aussi place à l’échange par une circularité ouverte à l’Afrique, à l’Europe et à d’autres horizons. C’est dans cet esprit de partage et de fraternité humaine que nous recevons aujourd’hui le sabre d’El Hadj Oumar Tall. Et c’est dans le même esprit de partage et de fraternité humaine que nous accueillerons demain d’autres objets du patrimoine sénégalais. Je vous remercie.
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